La Gestion calculée de l’énergie

13,00 TTC

Pourquoi faire de la musique ? Pourquoi partir en tournée, jouer dans des salles à moitié vide face à un public froid ? Comment réveiller ce public, le happer dans notre monde ? Quand il a cessé d’avoir les réponses à ces questions, Kurt Cobain a préféré se suicider.
Mais le suicide, n’est-ce pas déjà trop d’efforts quand on peut simplement être artiste ?

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Le Livre

Le Québec, derrière son progressisme, cache des meurtrissures qui ne peuvent laisser indifférente la sensibilité d’un artiste. Dévorée par la stérilité consumériste, la culture francophone en Amérique du Nord se laisse ronger par l’anglaise toujours plus envahissante et impérialiste. L’art du Québec est victime de cette lente agonie, appauvrissant sa spécificité un peu plus à chaque décennie. Les punks nihilistes et les hippies rêveurs des années 70 ont laissé place à une nouvelle génération anéantie par l’apathie, l’individualisme et le statu quo. L’angoisse ne vient plus de l’absence de futur, mais de l’absence de présent.
La seule source de lumière éclairant ces ténèbres reste pour le narrateur la chandelle qui a toujours éclairé le cœur des hommes depuis l’aube des temps : l’amour.

Revue de presse

« Avant tout, David est musicien. Brandissant sa guitare au sein de la formation La Tragédie. Fort de plusieurs titres dans sa discographie, il a parcouru le Québec et une partie de l’Europe française afin de promouvoir sa musique et sa poésie lyrique. Défendant sa langue maternelle qu’est le français, il surplombe le Québec et la francophonie comme tout artiste de la relève, jeune de cœur mais sage d’apprentissages et de défis, déboires au cours de ses périples.

Dans ce roman, il nous livre les pensées, la philosophie d’un être troublé, hanté par le passé mais aussi l’avenir qui se veut incertain et difficile. On plonge rapidement dans les désordres émotionnels et affectifs du narrateur, le rythme se voulant une répétition de réflexions, de contradictions de ses états d’âme tourmentée.

Ce livre se veut une plainte à l’amour, à la réussite de son destin, à l’assouvissement de ses désirs, à la compréhension du je, mais surtout du nous. Car malgré toutes les tergiversations de la vie, que nous reste-t-il après le vaste pèlerinage de l’humanité ? L’amour… Atteint ou non, fréquenté que provisoirement ou seulement frôlé du revers de notre main tremblante et moite, il est le but ultime de tous, avoué ou non. »

— Les ArtsZé

Extrait

La musique. C’est collectif. C’est maintenant. C’est tout le temps. C’est la quête de l’instant présent.
Il faut tout d’abord se demander pourquoi. Comprendre les raisons de nos efforts. Je ne me demande pas si ça en vaut la chandelle. Je me demande simplement pourquoi et comment ma vie est-elle devenue un torrent de sons ? Et, était-ce un choix ?
L’existence humaine offre de multiples possibilités. J’ai toujours cru que l’imagination est une faculté infinie. Elle a le potentiel de choisir la voie qui lui convient. Parmi un nombre incalculable de chemins, mon imagination a décidé d’emprunter la route des décibels. J’ai choisi la grande route épineuse de la trahison, celle où il est impossible de marcher seul. Tels les quatre points cardinaux, le hasard des vents mène là où il le veut. Chacun se voulant le centre du monde tout en sachant que, sans idée commune, il n’y a aucune avancée. C’est le paradoxe du band rock, celui de tenter d’être un. C’est le paradoxe de l’art qui se crée en groupe, d’être la représentation d’une médiation. L’œuvre ne peut avancer vers l’avant sans avancer de chaque côté. Et elle n’avancera jamais vers l’avant si les quatre points ne se retrouvent pas dans le même cercle de feu. C’est la beauté du risque, de l’avenir et de l’inconnu. C’est la menace constante de tout perdre. De voir l’un de ses piliers s’effondrer. Chaque seconde en est une de plus dans l’incertitude. Surtout lorsqu’on se pousse à bout pour ne pas tomber à bout de souffle.
Mais sans elle, la musique, qui serais-je devenu ? Avocat ? Médecin ? Politicien ? Fonctionnaire ? Junkie ? Ermite ? Personne ? Et tout cela à la fois. Les possibilités ici sont réellement limitées. Il n’y a aucune autre avenue possible considérant qui je suis. Je ne sais ce que ça veut dire. Je ne sais qui je suis. Je ne sais qu’une chose : je joue fort. Et je le fais bien.
Comme une seconde nature. La seule chose qui me donne assez confiance en moi pour m’exprimer. Pour me montrer.
Mais je ne cesse de me questionner à savoir si le choix de m’engager de tout mon corps dans un projet collectif n’est pas une atteinte à mon individualisme. Par moi-même, je ne peux faire autrement qu’avancer vers une seule direction à la fois. Que représentent alors les autres musiciens du groupe ? Des boulets ? Des œillères ? Des provocateurs de la mort ? Certainement des contraintes. Ils sont chacun, à leur manière,
des contraintes parce qu’ils meublent l’espace physique. Ils remplissent le temps libre, celui que l’on pourrait utiliser à faire autre chose. On ne sait pas quoi, mais peu importe. Faire autre chose de mieux, de plus utile, de plus raisonné et concret. De plus sérieux. De plus sage. En d’autres mots, de plus personnel. Mais ce ne sont que des conneries, je n’arrive à rien lorsque je suis éloigné de toi.

Les musiciens sont une contrainte à la création. Ils briment la liberté d’expression. Elle qui ne sert normalement qu’à raconter des âneries, elle qui ne sert qu’à faire valoir son point de vue, mais qu’est-ce qu’on en a à foutre de ton point de vue, mec ? Tout est dans la résignation, le partage et l’effacement de l’ego. Former un groupe c’est aliéner ses droits naturels à une collectivité. Elle qui prendra en charge
le bien-être de ses sujets pour assurer une relative sécurité et une stabilité, un avenir, une continuité... Et pourquoi pas, une paix commune ? Le groupe rock est une cité démocratique avec ses lois, ses règles, ses institutions et même son pouvoir exécutif. Je n’ai pas demandé ce pouvoir, on me l’a offert. Peut-être jugeait-on que j’étais le mieux placé pour servir ? J’ai accepté avec gratitude et soin, bien conscient du danger qui me guettait et des reproches que j’allais par la suite devoir essuyer.

Les musiciens empêchent la venue de l’art idéal. Celui qui a atteint un tel niveau de perfection qu’il ne plaît qu’à son créateur. Le créateur n’est-il pas l’auditeur utopique et idéal ? L’artiste recherche toute sa vie l’approbation d’un seul spectateur : lui-même. L’œuvre se définit donc par le niveau réel de satisfaction de son créateur. La seule satisfaction intérieure de celui qui laisse sa marque dans l’histoire du monde. Par simple peur d’être oublié à tout jamais. C’est la plus grande crainte des Occidentaux. Je ne m’intéresse pas au Mur du temps futur, mais uniquement au Mur du temps présent. Mon ambition n’est pas de rester pour toujours ancré dans la mémoire collective mais d’utiliser le temps mis à ma disposition pour agir, être présent, être en vie, c’est l’Atman. Peu importe si nous obtenons du succès ou non. Je suis satisfait
de mon effort et je me câlisse ben du reste.

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